La matrescence ou comment devenir mère

Je suis ravie d’inaugurer aujourd’hui une nouvelle thématique qui me passionne : la périnatalité. Je la commence par la matrescence, un concept très nouveau que j’ai découvert grâce au podcast éponyme animé par Clémentine Sarlat (vous trouverez le lien sur ma page Facebook). 

Très tôt, dans mon parcours de naturopathe, j’ai très vite ressenti l’envie d’accompagner les femmes dans ce domaine : booster la fertilité, accompagner la grossesse, l’allaitement et les premières années du nourrisson. De nombreux outils en naturopathie nous permettent de proposer cet accompagnement en complément du pédiatre.

Qu'est ce que la matrescence ?

La matrescence c’est la contraction des mots maternité et adolescence. Ce terme rassemble tous les changements et les bouleversements assez incroyables qui se passent dans la vie d’une femme lorsqu’elle devient mère. Comme dans l’adolescence, cela peut être très brutal ou difficile à vivre pour la femme concernée (les hormones ont un rôle prépondérant).

Ressentir un bonheur incommensurable à l’accouchement et en même temps une solitude immense, une angoisse intense vis à vis de son bébé, une remise en question sur cette nouvelle identité de mère peuvent se faire ressentir dans la matrescence. La question de la maternité reste un sujet sensible encore aujourd’hui. Il est convenu pour une femme de vivre la grossesse comme un des plus beaux moments de sa vie et beaucoup de femmes se sentent coupables de la vivre mal. Pendant les neuf mois de la grossesse toute l’attention était portée sur la future mère. A partir de l’accouchement, cette attention est uniquement focalisée sur l’enfant, la femme peut alors se sentir démunie, isolée et très seule (ce qu’on appelle parfois la dépression post partum).

Sur ce sujet je vous recommande la lecture de ce livre que j’avais découvert grâce à une émission de France culture et qui est génial dans la déculpabilisation de la maternité (j’aurai certainement l’occasion de vous en reparler).

Les racines de la matrescence

La concept n’est pas si nouveau car le mot a été inventé en 1973 par l’anthropologue Dana Raphael (1926-2016), la matrescence définit les nombreux changements émotionnels qui font suite à l’accouchement et notamment le post partum. Dans son essai sur l’allaitement elle écrit :

 “L’accouchement entraîne une série de changements spectaculaires sur l’état physique de la nouvelle mère, son état émotionnel, ses relations aux autres et même dans son identité de femme. Je distingue cette période de transition des autres, en l’appelant matrescence pour mettre en avant la mère et se concentrer sur son nouveau mode de vie.” 

Aujourd’hui les recherches en neurosciences valident les hypothèses de Dana Raphael. Grâce à Clémentine Sarlat et à son podcast, on comprend davantage ce bouleversement hormonal mais qu’en est il des changements au niveau du cerveau ?

Neurosciences et Maternité

De nombreuses études attestent que devenir parent modifie profondément le cerveau. Le changement hormonal et neurobiologique modifient considérablement notre nouvelle identité. Si les pères sont impliqués dès le départ ils connaissant eux aussi cette modification profonde, on peut aller jusqu’à parler de patrescence .

Le cerveau commence à changer dès lors que la femme est enceinte mais ce n’est vraiment que pendant le post partum qu’il se modifie considérablement. Certaines zones du cerveau vont être activées et notamment celle dédiée aux émotions. La mère sera plus connectée à ses ressentis car elle a besoin de répondre aux besoins de son bébé. Lorsque l’on étudie la physiologie humaine on s’émerveille de la pure intelligence du corps humain : tout s’installe dans l’organisme pour que la femme puisse répondre à son nouveau rôle de mère. Le cerveau s’adapte aux nouvelles exigences que représente cette période si particulière de la vie. Quelque soit le niveau de fatigue ou d’épuisement, les jeunes parents s’emploient sans réserve au bien-être de leur progéniture.

L'ocytocine

L’hormone principale de la grossesse est sans conteste l’ocytocine A l’accouchement c’est elle qui favorise les contractions du muscle utérin et à éjecter le lait qui est poduit grâce à la prolactine (une autre hormone). L’ocytocine c’est aussi l’hormone de l’attachement, de l’amour et du plaisir, la période de la naissance et du post partum est  baignée de plénitude grâce à cette hormone.

Le contact peau à peau du bébé et du parent va générer de l’ocytocine. Ce premier contact est rassurant et sécuritaire pour ce dernier. Que ce soit pour le père ou pour la mère cette étape est primordiale pour une mise en route dans l’attachement parent/bébé. En effet, la peau est un organe primordial dans la relation du toucher bienveillant.

Avec la matrescence, “tout tourne entre attraction et rejet”, explique Alexandra Sacks (psychiatre américaine spécialisée dans l’accompagnement des femmes enceintes et des jeunes mères). Comme elle l’explique dans sa conférence TedX :

Grâce à l’ocytocine, le cerveau de la mère zoome, cette hormone attire son attention pour que le bébé soit désormais le centre de son monde. Et en même temps, son esprit (celui de la mère) rejette cela car elle se souvient que son identité a d’autres composantes -d’autres relations, son travail, ses loisirs, une vie spirituelle et intellectuelle, sans parler des besoins physiques: dormir, manger, faire de l’exercice, avoir des rapports sexuels, aller aux toilettes, seule. Si ces femmes savaient que la plupart des autres trouvent ça dur, si elles savaient que l’ambivalence est normale, elles se sentiraient moins seules et moins stigmatisées. Il n’y a pas de quoi avoir honte.

La psychiatre encourage toutes les femmes à s’exprimer sur le sujet afin de briser le tabou qui l’entoure aujourd’hui. Chaque femme est différente, et à ce titre, chaque grossesse est différente.

Les répercussions de la matrescence sur l'enfant

Des études scientifiques ont démontré que les 1000 premiers jours de la vie constituent une période de développement unique pour l’enfant, influencé par :
– son patrimoine génétique
– mais aussi par son environnement (écologique, psycho-affectif, socio-économique),
– son activité physique,
– et évidemment son alimentation.

Ce laps de temps conditionne la santé de l’adulte en devenir et correspond à la période de conception + les 2 premières années de l’enfant, d’où l’importance de prendre soin des femmes enceintes dans nos sociétés. Les deux premières années correspondent à la période où le cerveau est le plus malléable. Les cellules cérébrales, les gènes et les circuits neuronaux se modifient. Toutes les relations autour de l’enfant vont modifier en profondeur son cerveau (soulignons que la mère est son premier lien). En fonction de ce que la mère aura vécu, du dosage de l’ocytocine et si cet enfant subit des humiliations verbales ou physiques dans la première année de sa vie, cela va modifier en profondeur son cerveau. A contrario une mère qui élève son enfant de manière empathique et épanouie va permettre un développement de toutes les fonctions du cerveau de manière décuplée : fonction emphatique mais aussi l’apprentissage du bébé .

Comme le dit si bien le Dr Gueguen, une société avancée est une civilisation qui prend soin de ses mères, car ce sont elles qui portent le futur de nos sociétés. Alors, tâchons de prendre soin d’elles, de mieux comprendre leurs sautes d’humeurs, leurs doutes et leurs peines.

J’espère que cet article vous aura apporté un nouveau regard sur la maternité. Je vous invite à écouter le podcast La matrescence et à vous intéresser de plus près à Catherine Gueguen qui vulgarise de manière fabuleuse les neurosciences dans le domaine pédiatrique.

N’hésitez pas vous aussi à partager votre ressenti sur la question de la maternité. Connaissiez vous la matrescence ? Et pour les mamans, aviez vous conscience de tout cela durant votre grossesse ? En attendant, prenez soin de vous et des mamans qui vous entourent!

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Cet article a 4 commentaires

  1. Gwenn

    Je connaissais un peu tout ça, mais sans mettre ce joli mot dessus : la matrescence.
    J’allais écrire qu’il faudrait en parler à toutes les futures mères et à toutes les mères qui traversent cette période, mais en réalité il faudrait juste en parler à tout le monde.

  2. Océane

    Je n’en avais jamais entendu parlé et c’est très interessant ! Merci pour cet article

  3. Parents en Equilibre

    Salut Jane,
    Je ne connaissais pas le terme de mastrescence. En revanche, je reconnais tout à fait ce que j’ai vécu à la naissance de ma fille dans tes explications. C’est vraiment dingue à quel point mettre au monde un enfant (mais également le porter avant) bouleverse notre monde.

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